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Charisme dans le milieu équestre
Le Harem ?

harem milieu équestre
© LGG

Avez-vous déjà rencontré ce contexte :
Vous et un réseau de personnes, des amis, des admirateurs, des partenaires actuels, des ex, des connaissances, des collègues…, gravitez autour d’une personnalité charismatique et lui fournissez de l’attention, du soutien, de l’admiration pour ses compétences avec les chevaux, et bien sûr : des services et de l’assistance bénévole.

Attention, ce n’est pas que du charisme ! Vous faites partie d’un harem.

La création du Harem

La création d’un harem répond au besoin de son créateur : combler un vide intérieur par des ressources externes.
A l’origine c’est un être fragile qui nécessite de l’attention, de l’admiration, des flatteries, des éloges, des preuves de sa supériorité. Il cherche alors un approvisionnement extérieur constant et régulier pour valider sa valeur et diminuer la menace et la peur d’être abandonné.
Une seule source serait insuffisante et le harem représente une stratégie de diversification, ainsi qu’une assurance contre l’absence ou la perte d’attention.
Cette dynamique confère également à l’individu un sentiment de contrôle et de pouvoir dont il a tant besoin.

La mécanique de constitution du harem

La construction de cet édifice relationnel est une chasse ritualisée où le narcissique, c’est son nom, est à la fois architecte et prédateur, consciemment ou inconsciemment.

Le ciblage : il détecte avec efficacité les personnalités empathiques, généreuses, parfois en manque de reconnaissance et souvent prédisposées à vouloir « sauver » l’autre. De son côté, la proie est flattée que le narcissique décèle en elle une valeur particulière.

L’intense démonstration d'amour ou d'affection : la future victime est alors bombardée d’attention, de compliments, de marques d’affection... Des similitudes troublantes dans les goûts et les valeurs sont trouvées et aboutissent à des conclusions excentriques et prématurées. « Je n’ai jamais rencontré quelqu’un comme toi », « Pourquoi je ne t’ai pas rencontré plus tôt » ...
Cette période euphorisante où la proie est sur un piédestal vise à créer un lien puissant et une dépendance rapide. Une fois captée, le narcissique lui attribue un rôle spécifique au sein du harem : l’une sera la confidente dévouée, l’autre la conquête sexuelle, celle-ci l’admiratrice publique, celle-là la conseillère matrimoniale, telle autre la secrétaire bénévole, la pourvoyeuse de services, ou encore le tremplin de prestige social…
Le narcissique, fin stratège, répartit ses besoins entre différentes « fournisseuses ».

La triangulation : cette technique consiste à maintenir un flou artistique sur la nature de ses relations avec les autres membres et à utiliser les informations de l’une pour manipuler l’autre.
Il pourrait, par exemple, glisser avec confidence combien son ex est encore obsédée par lui, inspirant un mélange de jalousie et de mission : la nouvelle proie est enfin celle qui le comprendra. Ces pseudos secrets partagés isolent chacune et renforcent la perception d’un lien privilégié, en réalité totalement fictif.

Le maintien du système

Le harem sert de faire-valoir public au narcissique en présentant de lui une image sociale irrésistible. En attestant de sa valeur, il attire paradoxalement de nouvelles proies.
Le harem n’est évidemment pas une structure stable : c’est un écosystème dynamique maintenu dans une tension constante. Chaque membre occupe une position évidemment inférieure à celle du narcissique, sans jamais vraiment pouvoir l’atteindre. En effet, en maintenant plusieurs personnes dans son orbite, il évite soigneusement la vulnérabilité d’une relation d’égal à égal, d’une vraie intimité où il devrait se montrer tel qu’il est, avec ses doutes et ses failles.
Le principal procédé est l’alternance calculée entre récompense et punition. Après une période de silence, de froideur ou de critiques dévalorisantes, le retour de son attention apparait comme une grâce inestimable. La victime s’accroche, espérant retrouver la perfection des premiers jours. Ce cycle intermittent renforce la dépendance avec une efficacité incroyable.

Il décourage les liens horizontaux qui pourraient former une coalition contre son autorité.

Simultanément, il met progressivement les membres à l’écart les uns des autres et les dresse subtilement en rivaux. « Ton amie, elle est un peu jalouse de notre connexion spéciale, tu ne trouves pas ? »
Peu à peu chacun se trouve enfermé dans sa propre bulle où la présence du narcissique est l’unique source de validation. La confiance en soi, initialement flattée, s’érode et le harem finit par agir avec prudence et précaution pour éviter sa désapprobation ou pire. L’impact sur le psychisme est profondément destructeur.
Les victimes éprouvent une anxiété diffuse, une confusion permanente et une culpabilité inexplicable à l’idée de le décevoir. Elles ne sont plus partenaires ou ami(e)s, mais objets utiles qu’il use jusqu’à la corde.

La fin inévitable du cycle

Maintenir les illusions et gérer les conflits latents dépensent une énergie colossale.
L’implosion guette à chaque moment : un membre épuisé finit par voir la manipulation et se rebelle, une nouvelle cible prioritaire nécessite de négliger les anciennes, ou tout simplement, la lassitude du narcissique face à celles qu’il a vidées de leur substance.
Le système ne s’effondre généralement pas, il opère une rotation perpétuelle. Les personnes lassées ou devenues inutiles sont débarquées, souvent en étant dénigrées, tandis que de nouvelles, idéalisées, sont intégrées.
Muse irremplaçable hier, elle devient aujourd’hui la « folle possessive » dont il doit se protéger.

Issue

Sortir de ce piège requiert une prise de conscience douloureuse, mais libératrice : reconnaitre que c’est un système, et non une relation, qu’il n’y a pas de sentiments mais une extraction d’énergies.
La première étape consiste à briser les frontières que l’on a laissé se construire et à se reconnecter au monde extérieur, à ses amis que l’on a souvent négligés et dont on a douté grâce à lui.
Chercher un soutien thérapeutique est souvent utile pour dénouer les nœuds de l’emprise et reconstruire une estime et une confiance en soi. C’est à la fois un chemin de deuil (de l’illusion, de la personne que l’on pensait connaître) et de reconquête de soi.

Impasse

Pour lui, l’impasse est totale. Cette course effrénée d’un harem à l’autre est une tentative désespérée de combler un puit sans fond. Chaque nouvelle proie promet la satiété, mais n’apporte jamais que le bref soulagement d’une relation superficielle, le condamnant à une quête vaine.

L'enseignant peut aussi être pris dans une dynamique qui le dépasse

Le milieu équestre réunit en effet plusieurs facteurs qui rendent ces dérives particulièrement faciles.

Sans l’exonérer, sans le diaboliser non plus, il peut y avoir confusion entre proximité pédagogique et proximité affective.Le système survalorise, expose, isole… et parfois dérape : fatigue, solitude professionnelle, besoin de reconnaissance, absence de cadre collectif clair.

Conclusion

Le harem est la matérialisation d’une phobie de la pénurie, des deux côtés. Comprendre son fonctionnement permet d’avoir les clés pour identifier les premiers signes de cette emprise déguisée en privilège.
Mais identifier ne veut pas dire y échapper.
Rappelons-nous surtout que la véritable richesse affective ne réside jamais dans le nombre de personnes qui gravitent autour de nous, mais dans la qualité des liens où l’on peut, enfin, se reposer d’être soi.

Harem charisme
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Inspiré d’un article d’ Annabelle Saunier

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