L'Equitation Pédagogique

pédagogieFévrier 2026

Parler Bébé – Baby Talk – Pet-directed speech

Le parler bébé : que pour les humains ?

Autrement dit : ce n’est pas un langage simplifié efficace en soi, c’est un outil émotionnel et attentionnel.

"Parler bébé” outil émotionnel et attentionnel

Chez les animaux, ce registre s’appelle "pet-directed speech" (PDS: littéralement discours adressé à l’animal). On utilise cette façon de parler spontanément avec les chiens, les chats, les chevaux, etc., même si l’animal ne “comprend” pas les mots comme un humain.
Chez quels animaux trouve-t-on ce phénomène ?
Chiens : Le “baby talk” envers les chiens est très répandu et même étudié scientifiquement. Des recherches montrent que les chiens,et encore plus les chiots, sont plus attentifs lorsqu’on utilise un ton plus aigu et des intonations modifiées, similaires au parler bébé.
Chats : Ce type de discours capte aussi l’attention des chats, même si son efficacité peut varier selon l’âge ou la personnalité de l’animal.
Chevaux : Une étude montre que les chevaux semblent plus attentifs et coopératifs lorsqu’on s’adresse à eux avec un ton enfantin ou en PDS.
Primates : L’effet Pet-Directed Speech a été observé dans une moindre mesure chez des primates non humains.

baby talk
© LGG

Existe-t-il des formations autour du sujet ?

Il n’existe pas de formations spécifiquement centrées sur le “parler bébé” aux animaux. Ce phénomène, empirique, est plutôt intégré dans des disciplines plus larges : des formations générales sur le comportement animal (chien, cheval, chat…) abordent parfois comment adapter sa communication ou comment capter l’attention et créer une relation de confiance ; des ateliers et formations en “communication animale” (souvent plus intuitifs ou holistiques) qui explorent différentes façons d’interagir avec les animaux (émotion, posture, écoute, etc.). Cela peut inclure des éléments liés à la façon de parler, le ton, etc.

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Transposer un plan relationnel aux animaux

Le parler bébé active un schéma très ancien chez nous : le système de soin, de protection, de régulation affective. Quand on l’utilise, on ralentit, on module notre respiration, on devient plus expressif, on entre dans une posture d’accueil plutôt que de contrôle. Utiliser ce langage nous rend plus disponibles, plus doux, ou plus projectifs ?
Les animaux perçoivent l’engagement affectif derrière le parler bébé.

Distinction entre adaptation et stéréotypie

La modulation vocale s’utilise pour servir le message, elle doit y être adaptée.
La langage bébé, utilisé dans un registre affectif stéréotypé, ne correspond pas à tout type de messages.

Communication affective efficace ?

L’animal ne “comprend” pas les mots, mais reçoit des indices vocaux, émotionnels et attentionnels : le ton, les intonations et le rythme aident l’animal à vous prêter attention, à se sentir apaisé ou encouragé — comme pourraient le faire des humains.
En pratique, ce “baby talk” est un outil de communication non verbal que nous utilisons spontanément et qui facilite souvent la relation.

Pas toujours …

Parler bébé peut être perçu comme agaçant par les humains adultes, du fait de la voix aigüe, mais surtout parce que c’est un langage très souvent surjoué. Si vous agacez les humains autour de l’espace « cheval », le cheval prendra l’émotion prioritaire, car il lit le champ émotionnel global, et votre langage bébé deviendra peu signifiant.

Mais le “parler bébé” pose aussi un cadre mental

Essayez de parler bébé à un adulte. Que va-t-il vous répondre ? Dira-t-il “Je ne suis pas un enfant » ou bien : “Je ne suis pas débile.” Et si le cheval pouvait prendre la parole ? « Je suis bien gentil de supporter ton poids sur mon dos et ta voix de bébé dans mes oreilles sensibles » ?
Les limites : depuis plusieurs années, on étudie le « parler vrai » auprès des nourrissons. « Parlez avec un ton plus aigu et articulez bien mais évitez le bébé talk ». « Evitez de simplifier excessivement le langage, le bébé apprend mieux avec des phrases complètes ». « Ecoutez activement et montrez-vous ouvert à la communication. » En somme : « Cessez de prendre tout l’espace et pratiquer l’écoute active, même avec les nourrissons ».

La congruence reste fondamentale

Chez un cheval, la cohérence corporelle, la clarté du signal, la régulation tonique sont plus déterminantes que la hauteur de la voix. Beaucoup ne parlent jamais bébé à leurs chevaux, et ils n’ont pas de difficulté particulière à se faire comprendre.
Du mimétisme à l’anthropomorphisme : La pratique du baby talk se transmet par imitation en perdant les règles de son utilisation. Ainsi les dérives deviennent nombreuses : croire que l’animal “pense bébé”, projeter une intention ou une compréhension qui n’est pas celle de l’animal, surjouer l’affect, remplacer l’observation fine par de l’émotion artificielle, masquer son absence de compétences, mettre en scène la relation au lieu de la vivre, infantiliser la relation…
Comme si le cheval ne pouvait pas s’en rendre compte. Les émotions, apparemment fortes pour un spectateur, ne sont pas forcément justes et authentiques. Les animaux sont extrêmement sensibles à l’exagération émotionnelle. Ils ne se sécurisent pas par excès d’affect, mais par stabilité, cohérence et prévisibilité.
Il faut donc faire attention à utiliser toutes les gammes de modulation de la voix et d’intonation, afin d’avoir un outil pédagogique complet, régulateur émotionnel et support de sécurité.

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© LGG

Surjouer l’affect ou prendre ses responsabilités ?

La surutilisation d’une seule modulation vocale aboutit à un appauvrissement relationnel, et le surjeu remplace la précision par une émotion construite et fabulée. La relation régresse.
Le cheval a beaucoup à nous apprendre et nous devons être humble. Nous pouvons lui parler gentiment, avec bienveillance, en ami, d’égal à égal, d’adulte à adulte. Sans hiérarchie, ni condescendance, juste de la responsabilité, de part et d’autre, l’un envers l’autre.
Pour communiquer, il faut aussi savoir écouter, et son langage non verbal est riche si nous prenons le temps de nous taire, d’observer et de comprendre sans interprétations anthropomorphiques.

Une éthique relationnelle.

Les chevaux nous apprennent à chercher la cohérence : conscience de notre état interne, régulation émotionnelle, précision, responsabilité. Au lieu de leur apporter un langage bébé, comprenons que c’est eux, qui nous apprennent la congruence et nous permettent de la transposer dans nos relations humaines.
Mon respect pour les chevaux m’empêche de leur parler bébé, de les instrumentaliser, de théâtraliser mes relations et interactions avec eux, de les considérer comme des objets de performance, des outils d’images, des supports narcissiques. Ce n’est pas une question de dureté ou de tendresse. C’est une question de dignité.
Et en réalité, les animaux, dont nous sommes responsables, ont surtout besoin que nous soyons adultes et mâtures.

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