L'Equitation Pédagogique

cheval
©Laurence Grard Guenard

   Enseignants : Taisez-vous !    pédagogie


Certains enseignants parlent tout le temps, du début à la fin de séance. Certains enseignants, du fait que leur seule intervention se résume à la parole, s'obligent même à parler pendant toute l'heure alors qu'ils n'ont rien à dire, sous pretexte que l'heure est payée et qu'ils doivent "en donner pour leur argent" aux élèves. L'équitation est ainsi enseignée de façon aliénante : une théorie plaquée refusant toute intervention de l'émotion, tout compromis avec le corps. Cette "pollution verbale" nuit à la communication nécessaire entre l'élève et l'enseignant.

L'art d'enseigner, c'est l'art de faire parler les élèves, de les amener à comprendre, à penser, à analyser, à synthétiser et à transposer. Selon Ulric Aylwin, le professeur respectueux de l'élève est un jardinier qui n'essaie pas de pousser à la place de ses plantes, un chef d'orchestre qui ne joue pas à la place des musiciens ou, encore, un agent de voyages qui ne visite pas les pays à la place de ses clients. Enseigner est un acte professionnel et complexe. 


Pour bien enseigner, l'enseignant doit être à l'écoute de son élève. Or, beaucoup d'enseignants ne prennent pas le temps d'écouter et ne comprennent pas ce que l'élève recherche. De ce fait, ils sont souvent à côté de la plaque, causant
une perte de motivation et de progression, voire un grand désertement, surtout dans les cours adultes.
Qu'est-ce que l'élève a compris ? pensé ? ressenti ? Comment a-t-il vécu son expérience ?
Les affirmations de l'élève, que l'enseignant peut juger fausses, n'en sont pas moins ses propres sensations. S'il existe un décalage entre le ressenti et la réalité observable, les enseignants vont pouvoir en prendre conscience et ainsi améliorer leurs interventions :
- vérifier la clarté de l'énoncé
- vérifier la compréhension de l'énoncé
- apprendre à exprimer la même chose de façon différente
- apprendre par la perception de l'autre comment mieux intervenir

Au lieu de parler, observer et diagnostiquer. Comme nous, l'élève a une capacité limitée de traitement de l'information. Le cavalier peut être concentré soit sur l'action, soit sur ce que l'enseignant lui dit, rarement sur les deux, et encore moins lorsqu'il est débutant. Le flot de paroles le noie, au point qu'il n'entend plus du tout les consignes plus importantes que les autres. Au lieu de parler tout le temps, l'enseignant devrait observer et affiner son diagnostic pour intervenir de façon plus précise et adaptée.

Laisser agir et évaluer. La séance est construite de façon à construire ou perfectionner un savoir faire. Le dernier exercice de la séance, si celle-ci a été bien conduite et comprise, n'a pas besoin de corrections pendant l'action. En effet, il constitue une évaluation de la compréhension de la séance, faussée si l'enseignant intervient pour corriger. Même si l'enseignant a très envie de soutenir verbalement son élève, il doit apprendre à se taire et laisser vivre son élève.

Recherche de l'autonomie :
Le cavalier peut également être incapable de devenir autonome, habitué à être assisté en permanence de consignes. L'enseigant doit au contraire créer des situations propices à l'apprentissage de l'élève, sans intervention verbale. En n'intervenant plus verbalement, il peut évaluer l'autonomie de son élève, objectif ultime de tout enseignement.
L'enseignant a rempli son rôle lorsqu'il devient inutile. .




Bibliographie :