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Quelques extraits de bon sens des Dialogues de François Baucher, pour vous donner envie de lire la suite ...
Dieu (des chevaux) :
- assez de coups d'éperons et de cravache ont été distribués souvent
sans discernement ; assez de ruades et de sauts de toute espèce y ont répondu,
et cela sans protocole, sans déclaration de guerre préalable. Il est temps que
cela finisse, il est temps qu'après ce duel vienne l'explication (...)
Le
cavalier
- (...) que votre toute puissance juge si je n'ai lieu de me
plaindre. Depuis 5 minutes je ne puis parvenir à mettre mon pied à l'étrier.
J'ai beau par des Hola! et des saccades de bride, vouloir faire comprendre à
l'animal qu'il est indocile, il n'en tient aucun compte et plusieurs fois il a
failli me casser la jambe en détachant malicieusement quelques ruades.
(...)
Le cheval
- Ce seigneur cavalier, dont les gouts diffèrent
entièrement de ceux de mon ancien maitre, n'a pas su jusqu'à présent m'en faire
comprendre la différence. Lui, leste et adroit, était glorieux de déployer son
agilité en m'enfourchant et m'excitait à caracoler, puis me donnait un coup de
bride pour me lancer au galop. Bien que ce dernier moyen fut inopportun, et
qu'il m'eut été facile de m'y refuser, je m'y soumettais complaisamment.
Maintenant, je ne puis comprendre que les mêmes moyens doivent avoir des effets
opposés. Il est vrai que la douleur que fait naitre la brusque pression du mors
m'est bien pénible. Mais ce beau cavalier a toujours les renes trop longues, je
ne la ressens qu'une minute après m'être déplacé, souvent même je me débarrasse
des rênes par la prestesse de mes mouvements, et me livre, croyant bien faire, à
mes inspirations fougeuses. J'entends bien des Hola! mais comme mon impatient
cavalier ne s'est pas donné la peine de me bien faire comprendre la valeur de ce
mot, je ne puis en tenir compte.
Dieu
- que devait-il donc faire ?
Le cheval
- me mettre un caveçon sur le nez, se placer devant moi, et en
tenir la longe en me regardant avec bonté et me faisant connaitre par des
caresses sa bonne volonté. Pendant ce temps faire mettre le pied à l'étrier par
un palefrenir, puis me rassurer avec des intonations de voix douces et des
syllabes sonores. Si l'impatience mettait mon attention en défaut, alors un
petit coup de caveçon sur le nez m'y rappelerait. Cet expédient n'aurait pas été
renouvelé 2 ou 3 fois que je serais devenu d'une sagesse exemplaire. Mais pour
cela il faut trouver le moyen de rendre intelligible ce qu'on veut nous
apprendre, et comme le voit votre toute puissance, ces messierus ne s'en donnent
guère la peine. Quant aux coups de pieds, il me semble toujours voir des
palefreniers brutauxqui me fouettent les jambes, et la peur rend sjet aux
méprises.
(...)
Le cavalier :
- je ne savais pas qu'il fallut
de semblables procédés avec un animal dont la condition est l'esclavage, que son
manque d'intelligence doit soumettre à tous nos caprices.
Dieu
- Etes vous donc bien sur de ce que vous avancez là ? Mais, en admettant
que le cheval soit moins intelligent que vous, n'est-ce pas une raison pour
employer cette même intelligence, dont vous vous accordez la possession
exclusive, à lui faire connaitre ce que vous désirez. Mais avant d'aller plus
loin, tenez-le pour bien dit, et n'oubliez jamais que le cheval est doué de
facultés intellectuelles de votre vanité seule vous empêche de reconnaitre
(...)
Le cavalier
- je reviens à ma querelle. Quand tant bien que mal
je suis parvenu à me placer en selle, nouvelles méchancetés du cheval : il fait
ce qu'on appelle le dos de carpe, et de là une succession de suats qui me
désarçonnent. En quoi ai-je donc tort ? Mes actions ont été jusqu'ici on ne peut
plus inoffensives, vous le voyez : il n'entend rien aux bons procédés.
le cheval
- le tact si fin dont nous a doués votre divinité nous fait sentir
promptement la maladresse et le peu de science de notre cavalier. D'abord sa
position incertaine et vacillante dérange et brouille nos allures les plus
naturellesv: qu'est-ce donc s'il veut nous assujettir à ses mouvements
maladroits et brusques ? ai-je tord de lui faire connaitre que je n'aime point à
être maltraité, et qu'il doit apprendre les règles d'un art avant de le mettre
en pratique ?
Le cavalier
- eh ! Qu'ai-je besoin, moi, homme civilisé, d'apprendre ce que
les peuplades sauvages exécutent si bien d'elles-mêmes et sans principe ! ? Si
je suis riche, ne puis-je donc pas, à force d'argent, trouver un cheval à ma
convenance, et m'exempter par là de jouer le rôle d'artiste ? Encore une fois,
Seigneur, le cheval secoue trop le joug auquel il doit être soumis par les lois
de la nature.
Dieu
- c'est à moi de répondre à votre orgueilleuse sortie. D'abord, je vous
apprendrai que sous les rapports de la force physique, le sauvage est supérieur
à l'homme civilisé. Comme l'argent n'est rien pour lui, il doit chercher les
moyens de pourvoir à son existence, et pour y parvenir, il passe des journées
entières sur son cher compagnon. Et c'est depuis son enfance qu'il se livre à
des courses périlleuses qui le rendent solide cavalier. Puis les plaines de
sable qu'il parcourt ne l'astreignent à aucune attention pour éviter les pierres
et les ornières qui encombrent et coupent vos chemins si étroits et si remplis
de voiture et d'obstacles de toute espèce. Croyez vous donc que l'or entassé
dans vos palais somptueux vous empêche d'apprendre ? Devenez artiste, sinon vos
plaisirs seront plus bornés que ceux de l'être dont vous dédaignez le savoir :
ou si, en dépit du dieu des arts, vous n'écoutez que votre inepte gloriole,
prenez garde de tomber d'une selle dans un cercueil. je borne là cette juste
réprimande, et je continue à vous écouter.
Le cavalier
- las de rester toujours en place, je veux faire marcher mon
cheval et me diriger vers les promenades fréquentées pour faire admirer ma grace
et mon maintien. Eh bien, après avoir longtemps bataillé en pure perte, je suis
forcer de céder et de continuer, bien malgré moi, à pied, la promenade que je
m'étais promis de faire à cheval. Qu'y a-t-il donc à faire contre un animal si
fort et si brutal ? Il me semble que s'il avait la noblesse que vous lui
supposez, il devrait être glorieux de déployer ses belles formes en présence
d'un public, sinon connaisseur, du moins amateur.
Le cheval
- Ma
réponse est simple et facile. Comme vos moyens pour me transmettre votre volonté
sont invertains, sans justesse, et qu'ils me contraignent douloureusement sans
me faire rien comprendre, vous ne devez pas trouver mauvais qu'ayant la libre
disposition de l'emploi de mes forces, j'évite ce qui m'est pénible.
le cavalier
- je vous demanderai maintenant pourquoi, mes moyens
d'exécutionn étant toujours les mêmes, vous n'êtes récalcitrant que de temps à
autre. N'est-ce pas là du caprice et de la mauvaise volonté ?
Le cheval
- Non, c'est une preuve de mon peu de rancune. J'oublie promptement ce que
votre ignorance a produit et reviens souvent à mon bon naturel de cheval; mais
bientôt vos mouvements m'extrapassent tellement qu'il me faut, malgré moi,
renoncer à une promenade qui m'eut été agréable et utile. Je prefère resté
garrotté dans votre écurie malsaine et souffrir les mauvais traitements de votre
palefrenier; car en cela, comme en beacuoup d'autres choses, tel maitre, tel
valet.
Dieu
- j'attends, messire cavalier, que vos plaintes reposentsur des bases
plus solides pour vous donner gain de cause. Jusqu'à présent, mon attente a été
vaine
Le cavalier
- votre toute puissance a donné trois allures au
cheval : eh bien ! quand je parviens à le faire bouger de place, je veux d'abord
l'acheminer au pas et droit devant lui, puisqu'il marche sur une route droite.
Alors nouvelle marque de désobeissance de sa part, ou il trotte, ou il s'arrête.
Il se jette à droite ou à gauche et m'expose à tomber dans quelque fossé :
cependant mon intention était qu'il marchat bien droit. A quoi attribuer ces
nouveaux caprices ?
Le dictionnaire raisonné d'équitation de François Baucher, dans lequel vous trouverez :
- passe-temps équestres
- dialogues sur l'équitation (les extraits ci dessus)
- dictionnaire raisonné d'équitation
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